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  • Regard sur le design chinois… Rencontre avec Xu Ming et Virginie Moriette du studio MVW

    Regard sur le design chinois... Rencontre avec Xu Ming de Design MVW pour designerbox#15 // © designerbox

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    Xu Ming et Virginie Moriette ont fondé en 2006 à Shanghaï le studio de design MVW.

    Quelle est la place du design et des designers en Chine ?

    La plupart des designers ne voit que le succès ou la fortune via ce métier et reste très liés aux désirs de leurs clients qui ont, encore aujourd’hui, une notion très traditionnelle de l’architecture d’intérieur et du design. Ils ne cherchent pas à imposer une vision mais à créer une marque de fabrique. C’est du branding avant tout. Ils font du ‘chinois’ pour les occidentaux et du traditionnel pour les chinois. Ce qui, la plupart du temps entraîne une vision très réductrice avec des inspirations que nous qualifierons de ‘chinoisantes’ qui plaisent aux étrangers vivant en Chine et aux chinois fortunés qui aiment ce style. D’où l’utilisation constante du bois sombre, du rouge, des formes classiques traditionnelles revisitées telles que la chaise Ming.

    Certes, toute création est basée sur une culture et son environnement. Nous n’y échappons pas, d’autant que la culture des formes est très forte en Chine et l’esprit ‘nationaliste’ très présent. Mais il faut dépasser la notion de style, pousser plus loin l’esprit pour que le design devienne une vraie philosophie. Il faut savoir s’abstraire de la demande locale ou internationale, de son environnement aussi pour pousser plus loin les limites de sa création et apporter une autre dimension, plus profonde, plus personnelle.

    C’est ça la modernité, l’innovation. En Europe, il est plus facile de trouver des designers qui ont une réelle identité. En Chine, cela reste embryonnaire.

    Vous participez à l’émancipation du design en Chine et à cette nouvelle génération montante avec un réel langage…

    Oui, mais c’est aussi grâce au fait que nous nous sommes nourris à la fois de nos cultures respectives et que nous sommes parvenus à nous en détacher. Nous faisons partie de cette génération qui voyage, ce qui nous permet de prendre du recul et de chercher en nous une vraie proposition.

    La demande comme l’offre restent en majorité très consensuelles et il y a encore peu de place pour un design tel que nous le pratiquons. Un autre obstacle est celui de la fabrication. Bon, ce qui est génial en Chine, c’est qu’on peut réaliser des choses très rapidement de manière très qualitative. Mais cela demande beaucoup, beaucoup d’énergie de convaincre les fabricants de s’aventurer dans des domaines qui ne sont pas les leurs. Exception faite des quantités et de l’immédiate rétribution qu’ils peuvent en tirer, très peu ont une vision à long terme et ont du mal à mettre à disposition leurs savoir-faire pour faire avancer des projets innovants. Mais nous y arrivons !

    Sans doute est-ce là la grande différence entre la Chine et l’Occident. Les designers en Chine doivent tout faire – dessiner, innover, fabriquer, convaincre et communiquer -. Cela a ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Il faut sans cesse se battre pour prendre du recul par rapport à ce qu’on fait et garder sa ligne malgré les contraintes de la demande et de la fabrication.

    Mais au final, tout est une question de passion et de savoir la communiquer aux autres.

    Y a t-il une perception singulière de l’objet ou du mobilier en Chine ?

    A y regarder de plus près, on peut remarquer qu’en terme de mobilier, les formes et les fonctions sont plus liées à des questions de statut social. Elles ne sont absolument pas liées à la nature, à la condition naturelle de l’homme.

    Une anecdote qui le prouve. La dernière fois, nous étions dans un hôtel 5 étoiles en province… Hyper luxueux, les lits restaient durs comme du bois car depuis toujours les chinois dorment sur des surfaces rigides. La notion de confort n’existe pas dans le mobilier chinois… Cela reste très artificiel, détaché du corps et de ses positions naturelles. Le meuble reste très statutaire.

    Par contre, dans l’univers de l’objet – vases, services à thé, encrier, etc. la fonctionnalité est très raffinée et est très liée aux usages.

    En cela, Jin Shi est un objet subtil, fonctionnel et qui laisse l’imagination de son propriétaire s’évader. Cet objet est pour nous le début d’une histoire… Car autour de cette pierre percée pourquoi ne pas inventer d’autres usages… à suivre!

    Regard sur le design chinois... Rencontre avec Xu Ming de Design MVW pour designerbox#15 / designerbox / Yookô Network

    Xu Ming, vous êtes donc avec Virginie Moriette les créateurs de Jin Shi, la designerbox#15. D’où vous est venue l’idée de ce vase soliflore très sculptural?

    Le concept de designerbox nous intéressait beaucoup dans son esprit et ses contraintes: réaliser un objet iconique; le fait que, chaque mois, ce soit une histoire différente; un objet très peu cher livré dans une boîte, qui soit facile à transporter… et enfin l’idée de la surprise ! Bref, nous avons trouvé cette aventure passionnante!

    Le vase Jin Shin est né de cette tradition des céramiques chinoises où les dessins de fabrication sont toujours la moitié du profil de la pièce. Nous sommes donc partis sur un dessin de cette demi-forme avec la connexion de 2 matériaux, l’un naturel – la pierre – et l’autre, industriel – le métal manufacturé.

    De l’élément naturel, la pièce en marbre, pousse une branche en métal pouvant contenir une fleur ou un branchage. Pour nous, ce soliflore est un geste à la fois fort et simple tout en restant accessible, dans la mesure où chacun peut s’approprier cette forme en choisissant l’élément végétal qui va l’habiter.

    Retrouvez designerbox dans notre espace Yookô Network et sur son site:

    www.designerbox.com

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